Considération des maladies rhumatologiques par les Malgaches: de la période précoloniale à notre époque

La prise en charge d’une maladie doit tenir compte de la considération socio-culturelle et économique que le patient lui accorde. L’analyse de la considération des maladies s’est faite par l’intermédiaire d’une revue de la littérature pour la période pré- et coloniale (avant 1896 et entre 1896 et 1960), et à travers une enquête effectuée auprès de patients atteints de maladies articulaires chroniques vus à l'Unité de Rhumatologie, CHU JRB, Antananarivo. 

Avant 1896, les pathologies ostéo-articulaires connues des Malgaches étaient limitées aux fractures, entorses, arthrites et goutte. Ils les attribuaient toutes à des maléfices, sauf la goutte qui était décrite comme une maladie des riches et des alcooliques. Cependant, ils n’y ont pas établi la relation de causes à effets. Dans tous les cas, le traitement était empirique, composé de plantes, de minéraux et de parties d’animaux considérés comme invulnérables aux maladies ostéo-articulaires.

Pour l'époque contemporaine, notre étude concernait 44 patients: tous étaient alphabètes, 45% ont obtenu au moins un diplôme d’études supérieures, 71% étaient des salariés, 98% étaient chrétiens et 98% consultaient un médecin en première intention. Dans la considération de l’origine de la maladie, 86% pensaient que celle-ci était liée à un dysfonctionnement de l’organisme expliqué par la Science, 9% à une volonté divine et la sorcellerie était évoquée dans 5 % des cas. Parmi les 2 derniers groupes, 39% ont modifié leur considération initiale de la maladie après consultation du Médecin.

Le biais de sélection et la non-représentativité de la population malgache constituent les principales limites à cette étude. Cependant, les traitements empiriques édictées par un guérisseur est encore courante à cause de la difficulté d’accès géographique et financier aux soins médicaux. L’éloignement par rapport à un Centre de Santé modifie énormément le profil de patients, ainsi que leur considération d’une maladie. Les résultats de cette étude peut encore tendre vers la considération ancienne des maladies rhumatologiques si on l’extrapole à la population totale constituée de  45% de chrétiens, 4% d’inscrits à l’université, 69% vivant en dessous du seuil de pauvreté et 37% distants d’au moins de 10 km par rapport à un centre de soins le plus proche. 

Une éducation thérapeutique de qualité devrait tenir compte de ces contexte socio- économiques et également des diversités culturelles locales qui influencent la considération individuelle de la maladie par le patient.

Cet article a été tiré des résultats de la thèse de Doctorat en Médecine de RAONIVELO Tsitohainandrianina.