Le bon diagnostic demeure la base pour une prise en charge efficiente de la goutte

La goutte est de diagnostic relativement facile en cas de présentation clinique typique. Cependant, des diagnostics portés à l’excès contrastant avec une prise en charge inadéquate des patients réellement goutteux sont courants, comme le montre cette étude rétrospective et descriptive des patients vus en consultation/hospitalisation pour arthralgie entre janvier 2009 et janvier 2013 à notre Unité de Rhumatologie du CHU JRB, Antananarivo.  

Sur 2200 dossiers de patients:

-          125 étaient analysés car ils représentaient des « faux goutteux » et des « vrais goutteux ». Les critères diagnostiques ACR 1977 et EULAR 2009 étaient pris comme références dans le diagnostic 

-          Les « faux goutteux » étaient des patients ayant reçu au moins une fois de la Colchicine et/ou de l’allopurinol dans leurs antécédents, et dont le diagnostic final posé dans le service était autre que la goutte. Les vrais goutteux étaient les patients présentant une hyperuricémie chronique avec des accès d’arthrite aigue récurrente au niveau des gros orteils et/ou ceux chez qui des cristaux d’urate ont été mis en évidence dans le liquide articulaire.

-          Quarante-trois patients (35%) étaient des « faux goutteux » chez lesquels les manifestations cliniques inaugurales étaient une arthralgie des grosses articulations dans 60% des cas. Aucun de ces patients n’avait bénéficié d’un examen du liquide articulaire.

-          Dans le groupe des « vrais goutteux » : la maladie évoluait depuis 10 ans en moyenne. Avant leur consultation dans notre service, la fonction rénale n’était évaluée que chez 12% des patients. Concernant les complications, 39% présentaient des tophi, 26% une arthropathie goutteuse et 40% une insuffisance rénale, dont 14% au stade terminal. Les comorbidités les plus fréquentes étaient  l’HTA (52%) et la dyslipidémie (37%). Aucun patient ne bénéficiait de la stratégie thérapeutique suivant les recommandations de l’EULAR 2009. Durant la période d’étude, 4 patients étaient décédés des complications de la goutte.

Le diagnostic de la goutte reste l’enjeu dans notre pratique. Le paradoxe entre l’excès de diagnostic et la mauvaise prise en charge des vrais goutteux justifient la nécessité d’une formation médicale continue pour les praticiens concernant les pathologies courantes en rhumatologie.